30.01.2023 . Portrait

À la rencontre de la cie Conférence pour les Arbres

Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres Portrait de Mécistée Rhea et Eli Bertrand de la compagnie Conférence pour les Arbres
Crédit photo : Teona GORECI

Lauréate du concours de théâtre du réseau des Crous en 2022, la compagnie Conférence pour les Arbres a présenté en mars dernier son spectacle Crapalachia à La Pokop. Depuis septembre, elle bénéficie du soutien de La Pokop pour la création de son prochain spectacle À la tâche à venir (Celle d’enterrer le monde), dont le texte est écrit en collaboration avec Nanténé Traoré et dont une première étape de travail a été présentée lors de la 5ème édition de Démostratif, festival des arts scéniques émergents. 

Rencontre avec Mécistée Rhea, directeur·ice artistique de la compagnie et Eli Bertrand, artiste associé, pour dresser le portrait de cette jeune compagnie qui propose de créer de nouveaux imaginaires. 

« Quand on travaille ensemble, on sait qu’on va dans la même direction, nos regards sont accordés »

Le projet de la compagnie Conférence pour les Arbres c’est avant tout la rencontre de deux personnalités artistiques. 

D’un côté, Mécistée Rhea, un·e obsessionnel·le du théâtre qui décide d’en faire sa carrière à l’âge de 7 ans. Après des études de théâtre au Conservatoire et à l’Université, iel décide d’intégrer l’École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier en 2016. En associant les arts du spectacle et les beaux-arts, iel développe une approche plastique de la mise en scène. 

De l’autre, Eli Bertrand, un artiste au parcours plus atypique qui commence sa carrière artistique par la danse, avant de découvrir le théâtre à l’âge de 12 ans. Impatient de commencer ses propres projets, il décide d’arrêter l’école à 15 ans pour se consacrer au théâtre et à la création de sa compagnie à Toulouse. Nourri de ses formations en danse et en jeu, il développe une approche de la mise en scène qui passe d’abord par le corps. 

En 2020, Mécistée se lance dans la création de sa compagnie et commence à en définir l’identité artistique. C’est autour du projet Crapalachia qu’iel rencontre Eli qui devient son assistant à la mise en scène. Commence alors leur collaboration artistique, et rapidement, iels réalisent partager le même langage créatif.

 

« L’identité artistique de la compagnie c’est vraiment moi qui l’ai définie, et après j’y ai intégré Eli. Mais la compagnie n’aurait jamais existé sans cette rencontre. Déjà parce que ça m’a sorti d’une solitude artistique qui me pesait. Notre binôme a été important pour travailler, pour avoir un autre regard sur ce qu’on fait. »
Mécistée Rhea

 

Afin de clarifier son rôle au sein de la compagnie, Mécistée propose à Eli d'en devenir l'artiste associé. De cette façon, Mécistée définit l'identité artistique et politique ainsi que les orientations esthétiques de la compagnie, notamment en tant que scénographe de leurs projets, et Eli l'accompagne dans la création.

 

« Au théâtre, je pense que tu ne peux pas faire de pièce sans regard extérieur. Pour moi le regard extérieur ça devrait faire partie d’une équipe quand tu la constitue. C’est hyper important. Et en fait, par définition, quand on travaille toustes les deux, on a ce regard extérieur. Je pense que c’est assez précieux parce que tu ne mets pas en scène sans retour. On sait qu’on va dans la même direction, nos regards sont accordés et ça marche bien. »
Eli Bertrand

 

« Survivre au présent » 

Pour Mécistée, l’identité artistique de la compagnie Conférence pour les Arbres est définie par ses « obsessions esthétiques ». Fasciné·e par la fin du monde, iel préfère s’éloigner des clichés de la pop culture qui représentent la fin du monde par « un désert baigné de lumière jaune et où les superpositions de couches de vêtements sont la norme » pour s’intéresser aux traces d’un monde qui se reconstruit sur l’ancien. Une esthétique alimentée en partie par les œuvres de Miyazaki, et la série d’animation Adventure Time.  

Cette esthétique post-apocalyptique entre aussi en résonance avec sa fascination pour le numérique, pour la façon dont il est amené sur scène pour permettre de l’interactivité, pour la place qu’il occupe dans nos manières de penser, de créer, de communiquer, et pour l’organique. Cherchant ainsi à explorer comment organique et numérique peuvent se mêler et se rencontrer.

 

« Ce que je veux proposer quand on parle de fin du monde et d’y survivre, ce n’est pas de survivre aux catastrophes qui arrivent, mais c’est survivre au présent, au glissement. Et pour moi la réponse c’est mettre le focus sur l’humain, et sur ce qu’on a envie de reconstruire ensuite et ce qu’on invente du nouveau monde. C’est aussi pour ça qu’on parle de communauté et de tendresse dans notre travail. Parce que ça passe aussi par nos rapports aux autres : savoir faire un pas de côté, réapprendre à aimer les gens, même ceux qu’on ne connaît pas, et retrouver de la tendresse pour eux. »
Mécistée Rhea

 

C’est au croisement de toutes ces esthétiques que repose le projet de la compagnie Conférence pour les Arbres, dont le nom n’est d’ailleurs pas un hasard puisque Mécistée souhaite ainsi s’adresser à ce qui reste d’un monde qui s’est fini. 

C’est toujours dans cette dynamique que Mécistée imagine À la tâche à venir (Celle d’enterrer le monde), une pièce où les thématiques de l’effondrement et de la survivance sont centrales. 

Marqué·e par la lecture d’un texte sur la fin du monde écrit par le photographe et auteur Nanténé Traoré, iel lui propose de la·le rejoindre dans l’écriture de la pièce. Parallèlement, Mécistée réfléchit à la scénographie de la pièce, s’entoure de Zoé Kiner-Wolff pour la création des costumes, de Léo Heitz-Godot et Raphaëlle Albane pour la création sonore, et confie la mise en scène à son nouveau complice : Eli. Ensemble, iels organisent des auditions et rencontrent Cécile Mourier qui les rejoint en tant que comédien·ne aux côtés de Mécistée.
 

« Aujourd’hui, nos corps au plateau c’est politique »

Cette conception de leur travail s'accompagne aussi d’une réflexion politique sur le théâtre et son rôle dans la société. La compagnie réunissant un ensemble de personnes aux identités diverses, qu’iels soient queer, racisé·e·s ou handicapé·e·s, il était nécessaire pour Eli et Mécistée d’assumer et d’affirmer ces identités malgré les difficultés ou les obstacles qu’iels peuvent rencontrer. Ce refus de l’ignorance s’inscrit aussi dans une volonté de permettre à d’autres artistes de saisir des opportunités qui leurs ont été longtemps niées dans un milieu qui reste encore trop conservateur.

 

« Effectivement on dit qu’on assume et qu’on affirme complètement nos identités, mais parfois c’est difficile, parfois on n’ose pas. Parfois on affirme et derrière on nous mégenre, et on n’ose pas corriger. Ce n’est pas si simple que ça. C’est lié à quelque chose de très intime. Ce qui est certain, c’est que ces identités-là font aussi partie de nous et on a besoin de les montrer au plateau. Ça fait aussi partie de nos sujets parce que quand on parle de fin du monde, on parle aussi d’effondrement de société. Pour nous il y a des parties de la société qui vont s’effondrer aussi parce qu’elles doivent s’effondrer. Et l’affirmation de nos identités s’intègre aussi dans cette réflexion. »
Eli Bertrand

 

Cette place accordée aux identités les amène aussi à repenser la façon dont le travail au sein d’une compagnie se met en place, ce qu’il implique et les responsabilités qui l’accompagnent. De cette façon, iels conçoivent un travail dans la joie où la question de la tendresse est centrale. Pour elleux, l’humanité qui leur est si chère dans la pièce À la tâche à venir (Celle d’enterrer le monde) doit aussi se retrouver sur le plateau. Pour se faire, Mécistée constitue une équipe artistique qui repose sur la confiance mutuelle, où les mises en danger sont contrôlées et où chacun a la place de tomber et les outils pour se rattraper.

 

« C’est à la fois très littéral, ça peut concerner le moment où on est sur scène, où on a oublié notre texte et où quelqu’un arrive pour nous rattraper, mais c’est aussi plus émotionnel. Quand je monte sur scène, je sais qu’on est toustes impliqué·e·s pour la réussite du projet. Du plateau à la régie, jusqu’à Eli qui est dans un coin en train de nous regarder. Il y a assez de mains pour que ça marche. »
Mecistée Rhea

 

« Je pense qu’on va au théâtre pour voir des gens vulnérables et c’est ce que j’essaie de créer au plateau. Mais ça veut aussi dire quelque chose en matière de méthode de travail parce qu’on ne peut pas demander à des comédiens d’être vulnérables au plateau dans le vide. Il y a une vraie responsabilité à avoir à la mise en scène. Tu ne peux pas demander aux gens de sauter dans le vide comme ça, il faut que tu aies mis le filet avant. C’est important d’être vulnérable mais c’est aussi important d’être en sécurité. Il ne faut pas que ce soit une vulnérabilité qui soit subie et douloureuse.  On ne veut plus de l’histoire de l’artiste qui doit souffrir pour vraiment comprendre son rôle. Moi ça ne m’intéresse pas. On veut trouver une autre manière d’exister et ça passe aussi par la manière dont on crée. »
Eli Bertrand

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Crédit photo : Teona GORECI

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